Le journal de M. Mischa Harmeijer
Sur la route vers le nord, ce lundi.
J'ai terminé la semaine vendredi dernier à Bettembourg. C'est un endroit où l'on aime revenir. Depuis 2018, les Luxembourgeois m'accueillent avec une chaleur que je ne trouve nulle part ailleurs, et vendredi n'a pas fait exception. La dernière fois que j'y étais, un membre de ma sécurité de l'époque voulait absolument venir à Bettembourg, alors qu'il se mariait le lendemain à Nîmes. C'est dire ce que cette salle fait aux gens.
La soirée a été riche, fluide, profonde. À un moment, dans l'état de transe, un discours est sorti de moi sur le rôle de la femme dans notre société, et sur la nécessité que la femme reste proche de ses enfants, dans son rôle de mère, pour l'éducation. Ce n'était pas prévu. Le public l'a compris, et il en a senti l'importance. Tout a été compris, ce soir-là.
Mais la soirée avait commencé autrement. La première personne que j'ai appelée, une dame que je connais, m'a paru bloquée. Ou plutôt, la situation l'était. Je ne captais qu'une chose : une douleur au bras droit, et l'urgence d'une prise de sang. Elle ne s'est pas sentie concernée. Elle a pensé à ses proches, personne ne correspondait. Alors je suis passé à quelqu'un d'autre. Cela arrive. Je ne force jamais ce qui ne vient pas.
Aujourd'hui, dans la voiture, en route vers le nord, parce que demain je suis au CGR de Saint-Quentin, j'ai reçu ce message. Je le partage sans son nom.
« Je suis venue vendredi à Bettembourg. J'étais la première personne choisie. Mischa m'a demandé si quelqu'un chez moi avait mal au bras droit, et si oui, que cette personne fasse une prise de sang très rapidement. J'ai pensé à ma mère, à mon ex-mari, mais ils venaient d'en faire une. Ce matin, j'ai appris que ma voisine et amie, à deux cents mètres de chez moi, a fait une petite crise cardiaque. Elle est partie avec les pompiers. Et en déjeunant, la connexion s'est faite : elle a été opérée de l'épaule droite il y a quelques semaines, et a subi une infiltration il y a quelques jours. Merci. »
Je ne décide de rien. Je capte, et je dis ce qui vient, même quand personne dans la salle ne sait encore à qui cela s'adresse. L'information était juste. Elle ne concernait pas la dame devant moi, mais quelqu'un à deux cents mètres de sa porte. Ce qui est là existe déjà, que nous le voyions ou non.
Si vous étiez à Bettembourg vendredi et que vous avez un témoignage, déposez-le sur mon site, à la page Témoignages, en choisissant la bonne ville. Ce sont vos mots qui comptent, pas les miens.
À demain, Saint-Quentin.
-Mischa Harmeijer