M. Mischa Harmeijer
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Le journal de M. Mischa Harmeijer

Châlons-en-Champagne, 21 octobre 2026

2 min de lecture

M. Mischa Harmeijer écrit ce texte dans sa chambre d’hôtel, devant les champs de la Champagne
M. Mischa Harmeijer écrit ce texte dans sa chambre d’hôtel, devant les champs de la Champagne

Chambre d’hôtel, ce matin. J’écris ces lignes devant les champs de la Champagne, avant de prendre la route vers Ludres pour la séance de ce soir, parce que ce qui s’est passé hier ne peut pas attendre que je rentre.

Châlons-en-Champagne, hier soir.

Je dois vous partager une histoire vraie. Je ne peux pas la garder.

La soirée a été pleinement forte, et elle l’a été par eux, par ceux qui étaient dans la salle. Pas par moi. Et parmi eux, une femme.

Elle est venue me voir après la salle. Elle m’a dit qu’elle avait perdu deux de ses enfants. Deux. Je connais beaucoup de parents dans cette situation, et en tant que père, je sais une chose : quand un enfant meurt, le parent meurt aussi. Il reste debout, il continue, mais quelque chose est mort avec lui.

Alors je l’ai regardée droit dans les yeux et je lui ai dit : « Madame, est-ce que je peux vous poser une question ? Vous qui avez vécu ce drame deux fois. Vous qui êtes, comme toutes les femmes, l’être humain qui donne la vie, et qui en avez perdu deux. Je crois que c’est à vous que je dois poser cette question, parce que vous êtes la seule ici qui puisse y répondre par expérience. »

Elle m’a dit : « Oui. Posez-la. »

« Ma chère madame, pouvez-vous me dire quel est le but de la vie ? »

Le silence. Elle a baissé les yeux vers le sol. Je l’ai laissée. Puis elle a relevé son regard vers moi, et elle a dit :

« De se remonter. C’est ça, le but de la vie. »

Je connais cette réponse. Je la répète depuis des années. Mais dans ma bouche c’est une phrase, et dans la sienne c’est une vie. C’est pour cela que je voulais l’entendre d’elle, et de personne d’autre. Je lui ai demandé si je pouvais vous le dire, à vous, parce que ses mots feront basculer certains qui n’entendent plus les miens. Elle m’a souri. Il y avait de la fierté dans ce sourire, et elle en avait le droit. « Oui, bien sûr. »

Cette femme a enterré deux enfants et elle s’est remontée. Deux fois. Elle était debout, hier, devant moi, à dire ce que doit faire un être humain.

Je n’ajoute rien. Je vous laisse réfléchir.

-Mischa Harmeijer

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