Le journal de M. Mischa Harmeijer

Aéroport de Bastia. J’attends mon vol, et j’écris ces lignes parce que je ne peux pas les garder pour moi. Je suis dans une gratitude énorme. Pas seulement pour hier soir, mais pour être dans cette position : être là, pour cela.
Furiani, hier soir.
Merci à ceux qui sont venus. Une salle en Corse ne ressemble à aucune autre : on y entre avec une réserve, on y reste avec une attention que l’on trouve rarement ailleurs.
Je garde de cette soirée plusieurs moments.
Une dame s’est levée devant toute la salle. Il faut du courage pour se mettre debout, devant des inconnus, et dire ce qu’on porte. La salle l’a comprise avant moi. Les applaudissements sont partis seuls, sans que personne ne les demande. Cette chaleur-là n’est pas de la politesse ; c’est une intelligence collective. Une salle entière qui reconnaît, en une seconde, ce qu’il a fallu à une personne pour se tenir là.
Certains étaient venus avec une tristesse intense, de celles qu’on porte depuis des années sans la poser nulle part. Je les ai vus repartir autrement. Plus légers. Je ne sais pas expliquer cela, et je ne cherche pas à le faire.
Une autre dame, qui porte une grave blessure au pied, est venue me voir après la séance. Elle m’a montré ses orteils : pendant la soirée, elle avait pu les bouger, pour la première fois depuis très longtemps. Les miracles existent. Je le sais. On n’a pas le droit d’en parler, mais ils ne demandent la permission à personne. Ce n’est pas moi qui décide. Je demande, et parfois quelque chose vient.
Nous avons terminé par un rituel que je conduis pour le contact avec les défunts. Chacun, guidé, en silence, s’est tourné vers les siens. Il y a eu des larmes. Pas de tristesse ; des larmes de présence. Ce rituel, je le ferai désormais à la fin de chaque Séance Publique. C’est ce qui manquait.
Je crois que les Séances Publiques sont nécessaires dans notre société dure, en ce moment. On va s’en sortir. Mais toujours par le collectif, jamais seul. Je viens, et je vous attends.
-Mischa Harmeijer
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